mardi 2 janvier 2018

Chronique d'une rectitude qui se cherche un sens politique


Une ombre plane sur nos débats, discussions, réflexions, opinions et palabres divers : l'ombre de la rectitudeToutes les puissances de la vieille pensée droite et juste se sont unies pour débusquer cette ombre : les chroniqueur.e.s, les politicien.e.s, les idéologues du Québec et du Canada tout entier. (ici une note : J'ai commis un pastiche d'une célèbre introduction qui m'a dès l'abord impressionné à la fois par sa puissance métaphorique et sa résonance militante. Certain.e.s la reconnaîtront : « Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d'Allemagne. »)


La rectitude : une traîtresse à la pensée droite


La pensée médiatique de droite, portée par plusieurs hérauts dont l'accès aux tribunes les plus en vue semble assuré, est en passe de trébucher sur cette chose  qui devrait pourtant lui être consanguine. C'est comme si son exigence de droiture avait trouvé dans son principe même sa propre limite, par un singulier mouvement qui la renverse en la niant ; elle accuse la rectitude de la pire offense à la libre pensée : la censure, qu'elle soit simple menace ou mesure effective.  Pour en atténuer le choc, elle l'a confinée dans son attribut le plus détestable : la rectitude politique.

lundi 25 décembre 2017

Lettre fraternelle à toi, paisible ami

Salut mon frère. Me permets-tu de t’appeler «mon frère», toi dont la réserve est si sensible, si engagée qu’elle arrive à se réserver elle-même? Car c’est bien ce qui me frappe chez toi: d’aucune manière, ni métaphoriquement, ni littéralement, ni le mot ni la main qui frappe ne font partie de toi. Même ta douceur excelle par sa discrétion. Ta discrétion. Je me sens déjà indiscret.
Au lendemain de cette tuerie, ce dimanche de janvier, à la fin de la prière, ton absence du bureau fut le premier événement du jour. Je te connaissais depuis peu. Mon cœur s’est serré. Des collègues savaient que tu étais présent lors de l’attentat. Le soir même, je m’étais d’abord morfondu sur le sort d’un autre collègue: je savais sa grande piété et son assiduité à la prière. J’ai tremblé d’inquiétude. Par bonheur, il m’a répondu par courriel qu’en ce moment il n’était même pas au pays. Je me suis alors surpris à louer son Dieu, parce que moi, je n’en ai pas… ou je n’en ai plus (tu me pardonneras cette impiété, je n’y peux rien). C’était par élan fraternel que, livré à ses yeux qui me lisaient, j’avais vénéré ce Dieu.

dimanche 10 décembre 2017

L'ethno-différentialisme, ou le néo-racisme comme nouvelle mouvance portée par l'extrême-droite : le cas de La Meute

« Là où l'Islam passe, la civilisation trépasse ». Cet adage qui coiffe en guise de page couverture le compte facebook de Stephane Rock, un parmi les plus actifs des membres de La Meute sur le Web, a de quoi donner des frissons à tout québécois de confession musulmane. Il a cette étrange singularité d'être à la fois la caricature de ce que les porte-paroles du groupe ne cessent de réfuter ("on est pas islamophobe"), et l'indication parfaite de ce qui gît en trame de fond sous l'action et le discours publics de celui que les médias traditionnels ont cessé depuis peu de désigner comme un groupe d'extrême-droite.

samedi 4 mars 2017

La trémulation de l'entendement

On sait assez ce que peut être un raccourci intellectuel pour s'éviter toute démonstration. Mais on en sait peu de ce nouveau phénomène qu'est la trémulation de l'entendement. Elle consiste à effectuer un ou plusieurs sauts rapides d'une idée à l'autre visant à ébranler l'intelligence du destinataire du message, lequel se trouve, en un imperceptible sursaut, dans un état où se mêlent la surprise et l'admiration : "mais comme vous êtes brillant !", s'exclame alors l'auditeur, cachant honteusement sa stupéfaction de n'avoir rien compris.


C'est la technique qu'on peut voir à l'oeuvre dans ce blogue de Martineau, lorsqu'il réussit habilement à court-circuiter  tout tentative de problématiser une récente alerte à la bombe à la lumière du climat terrorisant (surtout et d'abord pour les musulmans) qui règne depuis peu au Québec. Le procéder est ingénieux : on a juste à contredire une personnalité publique, laquelle présumait que le coupable était un blanc chrétien, en rappelant que le nom du suspect (suspect, et non coupable) a une consonance arabe, et que ce nom appartient à un étudiant libanais (et non, en fait, un étudiant québécois d'origine libanaise). Que le Liban (son pays d'origine, et non son pays actuel) comprenne 47% de chrétiens, et que la peau de ceux-ci ne soit guère plus basanée qu'un bedonnant sur une plage à Old-Orchard ne semble pas faire trop problème. L'important est de maintenir l'entendement en trémulation.


Sacré Martineau, va ! À ton crétinisme, il va falloir maintenant ajouter la malhonnêteté...

samedi 31 décembre 2016

Une mise à mort et une poursuite (ou : pourquoi ne pas poursuivre qui m'a tué ?)

Ça commence (ou ça continue, selon ce que "ça" signifie), avec une parodie nécrologique (d'un goût discutable, pour ma part) visant l'ensemble de l'oeuvre martinesque. Il faut lire le billet de Marc-André Cyr pour atteindre assez vite le registre de la chose : l'auteur souhaite bel et bien en finir avec cette exposition médiatique qui révèle un chroniqueur dont la plume s'autorise du mépris le plus criant pour tout ce qui n'émane pas de son gros bon sens.


Notre satyre s'en est trouvé fort ébranlé. Suite à une longue tentative d'appropriation de l'événement (qui n'a pas abouti, semble-t-il, à une prise en main résiliente), l'homme a résolu de s'assumer comme victime et de poursuivre le média Ricochet, l'auteur du billet ainsi que le caricaturiste qui a illustré la parodie. La victime réclame 350 000 $ (précisons que Ricochet est un média Web qui n'a aucun but lucratif, et dont la survie serait menacée pour moins que ça).